« Prendre soin » du bébé face à sa très grande dépendance Par

"Prendre soin" du bébé, du jeune enfant :

Le petit enfant a besoin de soin... C'est ce qui caractérise la spécificité des besoins d'un tout jeune enfant, qui n'est pas suffisamment reconnue et prise en compte, dans notre société par les politiques, par les gestionnaires des structures d'accueil, et qu'il nous appartient, à nous professionnels de la petite enfance, de faire valoir...

En effet, la spécificité du bébé humain est qu'à sa naissance, la construction de son cerveau n'est pas terminée.

Cela signifie 2 choses:

- la 1ère: le bébé dispose, dans son équipement génétique d'un certain nombre de capacités qui ne lui sont pas encore disponibles car des connexions dans son cerveau, entre les neurones (les synapses), leur  myélinisation n'est pas encore faite.

C'est au fur et à mesure des processus de sa maturation neuro-sensori-motrice que de nouvelles potentialités vont apparaitre et que le bébé va activement s'en saisir pour construire ses acquisitions. Cela montre que c'est en étant actif, que c'est à travers sa propre activité que l'enfant va réaliser ses acquisitions, va construire ses savoirs. Le bébé est capable d'auto-apprentissages, d'apprendre par lui-même. Son activité autonome est constructive, élaborative.

Le petit enfant est encore immature mais il n'est pas incompétent !

Cela nous apprend aussi qu'il est nécessaire de donner à l'enfant du temps et de l'espace pour découvrir ses capacités, les exercer pour se les approprier et les intégrer.

Dans les sur stimulations, les apprentissages précoces, c'est le temps de l'intégration, le temps de l'appropriation des connaissances, le temps de la pensée qui est bafouée. On construit des enfants hyperactifs et qui n'ont pas le temps de penser.

Mieux nous connaitrons ces processus de maturation, ces processus d'auto-apprentissage, mieux nous pourrons faire confiance aux enfants et plus nous aurons confiance dans leurs capacités progressives, évolutives.

C'est bien la fonction de la formation: acquérir des connaissances sur les processus de développement, leurs différentes étapes. Plus les professionnels seront formés, moins ils seront impatients et normatifs.

Chaque enfant a un rythme de développement propre, singulier. Il importe de donner à chaque enfant le temps d'aller à son rythme.

Comment prendre le temps de donner le temps à l'enfant d'aller à son rythme dans cette société pressée, inquiète, impatiente ? C'est de la responsabilité des professionnels.

Prendre soin, c'est donner du temps.

Connaitre les processus de développement et de maturation permet d'attendre tranquillement l'émergence de nouvelles capacités, de faire confiance aux ressources actuelles et à venir d’un jeune enfant, mais sans attendre de lui des performances dont il n'a pas encore la maturité, sans exigences prématurées. Je pense à toutes les exigences sociales que l'on a à l'égard des jeunes enfants: on attend d'eux qu'ils partagent, qu'ils respectent des règles, qu'ils se comportant comme des individus socialisés, civilisés... avant qu'ils en aient la maturité !

Nos exigences ne sont-elles pas prématurées quand on attend d'un enfant de 18 mois qu'il ne grimpe pas sur cette étagère ou ne monte pas sur ce garage en bois, ou qu'il se tienne tranquille à table alors qu'il doit attendre que 3 ou 4 enfants soient servis avant lui ou que tous aient terminé leur assiette pour avoir son dessert... ?

Pour que l'enfant accède à un contrôle de lui-même il faut qu'on accepte ses débordements pulsionnels. Pour qu'il accède à l'ordre, il faut qu'on accepte son désordre, qu’on l’accueille et le contienne.

- la 2ème conséquence de l'immaturité du cerveau du bébé est le rôle que cela donne à son environnement. Comme tout n'est pas encore construit, l'environnement dans lequel vit l'enfant va largement influencer cette construction.

Est-ce que l'enfant va pouvoir trouver dans son environnement les matériaux nécessaires à sa construction, à son développement ?

Des objets, des jouets, du matériel à explorer, toucher, manipuler, à la fois adaptés à ses capacités, à ses intérêts (d'où l'importance de l'observation pour savoir ce qui convient à chacun et des connaissances précises des différentes étapes de son développement pour lui proposer du matériel dont il aura besoin dans l'étape suivante car on ne sait pas quand cette étape va survenir (ex: grimper pour l'enfant qui rampe)

  1. Pikler a montré, sans ses travaux sur la motricité, que les différentes étapes du développement moteur s'effectuaient dans une succession identique pour tous les enfants (dos - ventre - se redresser vers la position assise ou debout) dans une succession d'étapes intermédiaires, assurant la continuité du développement, chaque étape préparant à la suivante (d'où l'importance de ne pas "sauter" des étapes qui risquent ensuite de faire défaut à l'enfant dans son équilibre moteur,  physique, psychique).

De même, et c'est moins connu, elle a montré comment le développement de la manipulation suivait aussi une succession d'étapes  identiques (cf. les films "Jeu, action, pensée") dont la connaissance permet aux adultes d'anticiper quelle va être l'étape suivante et permet de proposer à l'enfant du matériel pour aujourd'hui et tout juste demain.

Du matériel adapté mais aussi des objets suffisamment stables, constants pour que les enfants puissent répéter, plusieurs fois, longuement : répéter pour connaitre, reconnaitre, devenir compétent.

 

Pourquoi a-t-on toujours peur que les enfants s'ennuient ?

Dans son environnement, est-ce que l'enfant va pouvoir trouver l'espace nécessaire pour bouger, découvrir ses nouvelles potentialités et construire de nouvelles compétences ?

Est ce qu'il va trouver le matériel langagier pour développer son langage, sa parole : des adultes qui lui parlent, à lui personnellement, de ce qui le concerne, qui accueillent ses émotions, ses expressions de volonté et de refus, qui « entendent » ses gestes, ses mouvements, ses comportements comme des paroles. L'enfant parle avec ses gestes, ses mouvements. Les empêcher est comme l'empêcher de parler ! Comment accueillir aussi ses mouvements pulsionnels, des gestes impulsifs, les contenir, l'aider à les canaliser et à cheminer de l'agir à la parole ?

Et puis dans son environnement, des adultes, bien sûr ! (« Un bébé seul ça n'existe pas » - Winnicott).

Le moteur de l’élan vital qui pousse l'enfant à découvrir, explorer, connaitre, apprendre c'est la sécurité de la relation avec les adultes de son entourage. Des personnes qu'il connait bien, qui le connaissent bien et sur qui il sait qu'il peut compter, qui comptent pour lui.

Pas trop de personnes. Et peut-être une personne plus particulière ("la référente") missionnée par une équipe pour être plus particulièrement responsable de cet enfant-là, responsable d'assurer sa continuité, son sentiment continu d'exister : relier des temps, des expériences différentes, relier l'enfant à ses parents.

Prendre soin d'un enfant, c'est prendre soin de sa relation avec ses parents.

Le petit enfant ne peut pas construire seul sa continuité interne. Il a besoin de prendre appui sur une continuité externe (la stabilité de l'environnement, du déroulement de ses journées, la cohérence entre les adultes) et sur la continuité psychique d'un adulte "qui le porte dans sa tête", qui lui porte une attention continue. C'est ça "un référent".

Veiller à la qualité de son environnement, cela fait partie du prendre soin !

Une autre spécificité du petit enfant, due  à son encore immaturité, c'est son état de dépendance.

Le petit enfant est dépendant de son entourage pour la satisfaction de ses besoins vitaux, pour se maintenir en vie physiologique et psychique. Il a besoin d'être nourri, porté, tenu, contenu.

Même s'il  est dépendant, le petit enfant n'est pas pour autant impuissant. Dès tout petit, il sait non seulement communiquer ses besoins (d'une façon préverbale : nécessité de l'observation) mais aussi donner des indications sur comment les satisfaire et réagir à ce qui lui est proposé.

Il repousse la tétine du biberon de sa langue, détourne la tête à la vue de la cuillère, il sursaute quand le gant est trop froid ou arrivé trop vite, il réagit par un réflexe de Moro quand on le dépose trop vite sur la table de change, il indique son rythme (pause / biberon) manifeste son appétit, ses goûts, sa volonté (se servir de sa cuillère...), montre qu'il est prêt à partager son repas avec d'autres, quand il peut déjà partager l'attention de l'adulte, prendre en compte les règles sociales du repas.

Pour satisfaire ses besoins de façon adéquate (= ce qui lui convient à lui, de façon personnelle, singulière), le petit enfant a besoin d'adultes attentifs, réceptifs, disponibles qui le connaissent suffisamment bien pour donner du sens à ses manifestations corporelles et engagés psychiquement pour décoder ses manifestations. Des adultes qui soient des partenaires pour l'aider à satisfaire ses besoins, juste à la limite de ce qu'il ne sait pas encore faire et sans exiger qu'il fasse ce qu'il sait peut-être déjà faire: il sait manger tout seul et mettre ses chaussures... mais aujourd'hui il n'a pas envie

L'autonomie, c'est savoir identifier ses besoins pour les satisfaire par soi-même ou avec l'aide de l'adulte, avec plaisir, sous le regard attentionné d'un adulte qui partage ses intérêts et intentions.

Prendre soin d'un enfant, c'est lui assurer la satisfaction de ses besoins.

Pour cela, il a besoin de savoir, d'être sûr (sécurité)

de qui va assurer la satisfactions de ses besoins,

quand: prévisibilité - stabilité - repère,

comment: la qualité des gestes, des paroles qui les accompagnent, la façon dont  on touche son corps (en sollicitant son accord, sa participation) … disent à l'enfant comment on le considère. L'enfant se perçoit-il objet ou sujet du soin ? Il s’agit  de pouvoir convoquer la personne de l'enfant dans le soin et pas seulement soigner son corps : c'est une rencontre. Le soin corporel est un soin psychique.

Le petit enfant a besoin de rencontrer un adulte disponible à ses expressions et qui va pouvoir être influencé par ce qu'il exprime : ajustement à son rythme, ses gestes, ses intérêts, questions et ses émotions ... dans un cadre (ce n'est pas donner prise à la toute puissance). Il ne s'agit pas d'un "enfant roi" mais un enfant sujet, qui sait ce qu'il veut, peut décider, dans un cadre.

Pouvoir influencer le comportement de l'autre quand on en est dépendant, c'est le contraire de l'impuissance : c'est être compétent.

Reconnu dans ses compétences, dans son autonomie relative à chaque étape de son développement, l’enfant se vit comme un partenaire dans le soin avec un adulte "allié", résolument du côté de l'enfant, avec lui. Un adulte qui mobiliser ses capacités d'empathie pour aller à la rencontre de l’enfant.

Les gestes et les paroles adressées à l'enfant, l'écoute et la prise en compte de ce qu'il exprime lui permet de prendre conscience de lui-même, d'apprendre à se connaitre, contribue à la construction de l'image de soi, de l'estime de soi. C'est aussi la base de sa socialisation: sa première rencontre avec l'autre, c'est sa rencontre avec l'adulte. C'est dans cette expérience relationnelle avec l'adulte qu'il va apprendre à se comporter avec les autres.

Pour prendre soin de l'enfant, de ses besoins, c’est prendre soin de son environnement, prendre soin de l'enfant comme une personne, un sujet en devenir, les adultes ont besoin que l'on prenne soin d'eux !

Ils ont besoin :

  • d'une organisation institutionnelle, matérielle, d'un environnement qui leur permettent d'être attentifs, disponibles, réceptifs à ce qui vient de l'enfant; dans laquelle chacun sait quelle est sa place, ce qu'il a à faire, quand et comment.
  • d'un travail d'équipe pour construire, inventer, penser ensemble; de temps d'échanges, de réunion; d'être écoutés, entendus, pris en compte dans un cadre.
  • de formations initiales et continues, d'un accompagnement et d'un soutien,

pour alors pouvoir déployer leur savoir-faire et leur savoir-être.

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