Pour une meilleure compréhension des fondamentaux de Lóczy Par

La compréhension des recherches faites à l’Institut Pikler, à Budapest (Hongrie), nécessite un minimum de clarifications sur certains
points. Nous insisterons principalement sur quelques-uns d’entre eux.

La relation affective entre enfant et adulte
Pour E. Pikler, ses collaborateurs et successeurs, il n’existe aucune ambiguïté quant à la reconnaissance du besoin fondamental du bébé et de l’enfant de bénéficier d’une relation affective privilégiée, significative, dont la permanence soit stable – ce qui n’implique pas, bien entendu, une présence physique continue –, relation nécessaire et indispensable au développement de l’enfant et à la structuration de sa personnalité. L’absence d’une telle relation retentit sur le développement de l’enfant et, entre autres, sur la richesse et l’épanouissement
de ses activités.
À Lóczy, de grands efforts sont déployés pour faire exister une telle relation entre l’enfant et l’adulte chargé de l’élever et de le soigner, en dépit des obstacles et difficultés liés à l’absence de parents et à la vie en groupe.

Trois temps dans la vie de l’enfant à Lóczy
1. Un temps de repos et de sommeil.
2. Un temps de veille et d’échanges interactifs entre le bébé et l’adulte.
3. Un temps de veille active indépendante.
Ces trois temps se répartissent, habituellement, selon un rythme variable notamment en fonction de l’âge et de la maturité de l’enfant.
Ces temps se chevauchent un peu, s’interpénètrent plus ou moins et s’influencent les uns les autres, en qualité et en quantité.
À Lóczy, un effort est fait pour qu’ils soient au mieux différenciés : ces divers temps sont déterminés par l’état dans lequel se trouve l’enfant, qui est ainsi aidé à les reconnaître et à les anticiper.
Les conditions sont soigneusement étudiées pour qu’il bénéficie le plus pleinement possible de chacun de ces temps quand il est en état d’en profiter. C’est une des raisons pour lesquelles, par exemple, l’adulte ne fait pas intrusion dans l’activité de l’enfant, sauf en cas de danger ou de demande insistante de la part de l’enfant ; de même, lorsque l’adulte s’occupe de l’enfant, il le fait en lui donnant tout son temps, sans se laisser divertir par d’autres personnes adultes ou enfants. Certes, à Lóczy, un intérêt spécial est porté à l’étude des activités autonomes de l’enfant, mais il faut bien insister sur le fait que dans la vie quotidienne, cet intérêt ne se fait pas aux dépens des autres secteurs de vie de l’enfant.

Relation proche et relation à petite distance entre l’adulte et l’enfant
À Lóczy, les principaux temps d’interactions directes et d’échanges entre l’enfant et la nurse ont lieu à l’occasion des soins (alimentation,
bains, changes, habillements, etc.). Ceci ne veut pas dire qu’elle ne s’occupe pas du tout de l’enfant entre les temps de soins ; mais cela reste mesuré et une grande attention est exigée pour que cela ne se fasse pas aux dépens des temps d’activités autonomes indépendantes.
Que les interactions entre nurse et enfant aient lieu pendant les soins ne veut pas dire que l’enfant doit être sans relation pendant les temps où il exerce ses activités. L’enfant est protégé contre dangers et intrusions, mais n’est jamais abandonné, ni isolé. D’une part, les autres enfants sont là, mais surtout sa nurse est à proximité, il existe entre eux une relation à petite distance avec, par moments, des interactions visuelles ou des échanges de paroles ou de sons.
La nurse est présente, ceci de plusieurs façons : la plupart du temps l’enfant peut la voir, soit qu’elle donne le repas d’un autre bébé, ou le
change, l’habille, le repose dans le lit ou le parc ; quand il ne peut la voir, par exemple lorsqu’elle est à côté dans la salle de bains avec un autre enfant, elle peut tout de même l’entendre s’il appelle et lui répondre à distance. L’important est moins que l’enfant puisse la voir tout le temps que de pouvoir sentir et imaginer sa présence, savoir par expérience qu’elle est là, qu’il peut compter sur elle s’il a besoin d’elle et
qu’elle reste disponible. Disponible certes, mais non pour entrer en interaction proche avec lui ;elle lui transmet à distance, sans ambiguïté, le message qu’elle est là, qu’elle l’entend, mais qu’elle est occupée avec un autre enfant, sans pour autant l’oublier pendant qu’il joue de son côté. Dans ce temps, bien entendu, l’enfant n’est pas exclusivement absorbé dans son activité ; il lui arrive de rechercher le contact avec sa nurse de diverses façons : par le regard, les sons ou par ses comportements, soit pour réclamer de l’aide, soit simplement pour le plaisir. Bref, quand nous disons que l’enfant joue « seul » ou est « seul », cela signifie simplement que l’adulte prend une certaine distance et lui laisse un espace de vie, qui lui est propre.
L’enfant est libre de son activité et i1 s’occupe, soit à observer l’entourage, soit à rêver, soit à jouer, soit à se déplacer, soit à explorer son
corps et à faire divers exploits, et il fait cela sans être dérangé, pas pour être regardé ni félicité, mais seulement parce qu’il en a envie.
Chacun se souvient des documents vidéo et des diapositives montrant ces jeunes « héros » gravissant et descendant les escaliers, explorant
scientifiquement l’espace, les volumes, les formes, les sons, et même cette petite fille aveugle qui apporte l’un après l’autre de gros coussins, se fabriquant avec eux un escalier… pour atteindre une clef posée sur la plinthe !
L’expérience montre que si l’enfant cesse d’avoir du plaisir ou de l’intérêt dans cette situation d’activité, c’est soit parce qu’il est fatigué, soit parce qu’il a faim, soit qu’il est contrarié, et la nurse s’efforce d’intervenir alors dans le sens indiqué par le besoin de l’enfant.

Une façon de considérer l’enfant influant sur la nature de sa relation avec l’adulte
La prise de conscience de l’intérêt considérable qu’a, pour l’enfant, son activité autonome, a conduit les équipes de Lóczy à considérer
l’enfant d’une façon particulière et à souhaiter que les nurses partagent cette conviction et respectent ce principe jusque dans la façon de
dispenser les soins.
Leur relation n’en est ni accrue ni amoindrie, elle se traduit tout autrement. Tout en faisant sa tâche, en administrant les soins, au cours
d’échanges affectueux, au cours d’échanges imprégnés de frustration et de colère également, l’adulte se laisse conduire par les manifestations de l’enfant plutôt que par ses propres élans, désirs, impulsions, qu’il s’efforce de « contenir ». Ceci afin d’être disponible à ce qu’exprime l’enfant et capable de répondre à son besoin, tel qu’il le perçoit, plutôt que de se laisser entraîner à répondre en fonction de ses propres émotions suscitées par le comportement de l’enfant. La nature particulière de cette relation, que Geneviève Appell et Myriam David ont qualifiée d’« insolite », prête à des discussions passionnantes et souvent passionnelles, qui méritent d’être poursuivies. Mais, si essentiel que soit ce sujet, il ne doit pas nous empêcher de faire amplement connaissance avec le contenu et le sens des activités autonomes de l’enfant qui, en général, sont mal connus, alors qu’il faut bien se rendre compte, qu’en l’absence de langage, la motricité et l’activité sont les modes privilégiés par lesquels le bébé s’exprime et agit sur ses tensions internes et sur son environnement.
Un dernier point mérite aussi un éclaircissement : qu’on laisse à l’enfant un vaste domaine, jusque-là négligé, d’activités et d’acquisitions
qu’il peut « faire par lui-même », n’exclut pas le fait que l’adulte lui soit nécessaire, non seulement sur le plan affectif mais aussi pour d’autres apprentissages… Reste à savoir comment le faire sans faire intrusion dans ce qui lui appartient en propre, sans inhiber ses propres possibilités, mais au contraire en les favorisant.

Ecrit par Miriam Rasse,
Paru dans la revue « Spirale », Editions Erès, Rubrique "les écrits de Loczy" 2013/2 N° 66 | pages 221 à 223

Extrait de l’article « Quelques résultats de recherche sur le contenu et la structuration de l’activité spontanée de l’enfant au cours de ses 18 premiers mois »

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