Ils dérangent, ils questionnent : Quel contexte et quelles attitudes leur seront favorables ou défavorables ? Par

Certains enfants ont des comportements qui nous dérangent, qui nous questionnent… ils ont des comportements difficiles et deviennent vite des « enfants difficiles ». Comportements difficiles parce que ces enfants nous mettent en difficulté ou parce qu’ils sont, eux, en difficulté ou  qu’il leur est difficile de vivre la vie qu’on leur propose.

Cette vie peut leur est difficile à vivre en regard de leurs besoins.

En effet, ces tout jeunes enfants ont des besoins très spécifiques dus à leur état de dépendance quant à la satisfaction de leurs besoins vitaux y compris relationnels.

Le tout jeune enfant a besoin de rencontrer des adultes attentionnés

Le petit enfant ne sait pas se nourrir tout seul, s’habiller, se laver, se changer. Il a besoin d’être porté, tenu, contenu. Il a besoin de rencontrer un adulte - ou quelques adultes, peu nombreux- qui le connaissent bien sur qui il sait qu’il peut compter, et sait qu’il compte pour eux : des adultes, dans une garderie, auxquels il est confié, auxquels il peut se fier, et faire confiance, des adultes fiables (c’est-à-dire prévisibles, constants) et qui peuvent lui faire confiance.

Dans un lieu d’accueil, le jeune enfant vit une situation doublement paradoxale

Dans un mode de garde, il faut le rappeler, un petit enfant vit une situation « difficile »,  doublement paradoxale :

  • Le premier paradoxe est que ce petit enfant vit dans un contexte de séparation de son milieu familial, à un âge où il n’est pas prêt à faire face à cette séparation. Il n’a pas encore construit des moyens pour faire face à cette séparation (comme l’intériorisation de sa relation avec ses parents qui représente la base fondamentale de son sentiment de sécurité, de sa sécurité interne et ne survient que vers 3 ans)

Il nous appartient alors à nous, professionnels, comme le disait Myriam David, « de mette à sa disposition des moyens pour faire face à cette séparation » et notamment lui offrir le soutien d’un lien d’attachement. Il s’agit, pour les professionnels, de lui permettre de créer un nouveau lien d’attachement, différent de celui qu’il a noué avec ses parents - et qui doit être protégé – sur lequel il va pouvoir prendre appui pour préserver son sentiment de sécurité et faire face à la séparation d’avec ses parents.

  • Le deuxième paradoxe est qu’il n’est pas prêt à vivre en collectivité, avec d’autres à un âge où il construit son identité. Il doit d’abord apprendre à se connaître lui-même, à savoir qui il est dans sa singularité, se construire en tant que sujet, pour pouvoir connaître, reconnaître et prendre en compte l’autre comme une personne à la fois semblable et différente de lui.

Notre travail de professionnel est donc de soutenir la construction de cette identité naissante, dans son unicité et sa singularité. C’est un vrai défi pour une équipe car il s’agit de « faire de l’individuel dans du collectif  » !

Les gestes et comportements de l’enfant ont une valeur de communication

Je voudrais rappeler aussi qu’un petit enfant qui ne parle pas encore ou peu, sait communiquer néanmoins, depuis tout petit. Il communique sur un mode préverbal, avec ses cris, ses pleurs, ses sourires, mais aussi avec ses gestes, ses mouvements, son tonus, ses mimiques, son comportement.

Dès tout petit, le bébé, non seulement communique : avec ses mouvements et son tonus, sa détente corporelle ou ses crispations, le bébé exprime ses états de bien être ou de malaise, son plaisir ou son déplaisir. A travers son comportement, l’enfant exprime ses besoins : il manifeste qu’il a faim ou sommeil, qu’il a besoin d’attention.

Mais aussi il réagit aux propositions qui lui sont faites lorsqu’on cherche à satisfaire ces besoins : il détourne la tête de la cuillère, repousse la tétine du biberon ; Il tressaille quand le gant de toilette sur son corps est trop froid ; il proteste quand il est surpris d’être mouché, sans avoir vu que le mouchoir arriver sur son nez ; il se défend quand il se sent empêché, contraint dans son corps par l’emprise, la contention d’un adulte qui prend possession  de son corps, qui touche et manipule son corps, sans son accord. C’est une sorte « d’effraction » pour lui.

Son corps, sa peau c’est l’enveloppe de sa personne, sa bouche est la frontière entre le dedans et le dehors.

L’enfant se défend, se protège parfois de nos gestes qu’il ressent comme une intrusion dans son intimité, dans son espace propre.

Les gestes de l’adulte ont aussi une valeur de communication

Comment alors toucher son corps, le moucher, le laver, l’habiller, le prendre sur le tapis, sans qu’il soit surpris ? Comment le prévenir avec nos gestes, nos paroles : lui montrer le mouchoir avant de le moucher, le gant avant de le laver ; lui parler, l’appeler, se mettre devant lui avant de le prendre dans les bras… Prévenir l’enfant, c’est être prévenant à son égard.

Comment le toucher, le nourrir, le changer sans prendre possession de son corps mais en l’associant à ce qui lui est fait ?

Peut-on s’occuper de son corps sans « convoquer » sa personne ? Quand, par exemple, un enfant s’agite sur la table de change et qu’il devient difficile de lui mettre sa couche, il nous arrive souvent de lui proposer un jouet : l’enfant s’occupe avec le jouet, pendant que l’adulte s’occupe de son corps … et non de la personne de l’enfant.

On ne peut pas prendre soin d’un enfant, sans qu’il soit là, avec nous : prendre soin d’un enfant c’est être avec lui, être ensemble, faire ensemble.

Nos gestes, nos paroles, nos attitudes ont une influence sur la façon dont l’enfant se perçoit lui-même et contribuent à la construction de l’image de soi, de l’estime de soi

Par son comportement, l’enfant pose des questions

L’enfant, par son comportement, communique ses besoins, réagit à nos gestes et propositions, mais aussi pose des questions. On dit de certains enfants qu’ils nous « provoquent » : peut être ce n’est pas nous en tant que personne qu’ils provoquent,  mais ils provoquent notre réaction. Ils attendent notre réponse à la question posée par leur comportement.

Par exemple, l’enfant qui transgresse une règle et nous regarde… pose une question, des questions : s’il est en train de grimper sur un meuble ou de monter un objet sur le toboggan), ses questions sont peut être :

  • Est-ce que c’est possible ou pas de le faire, quand toi tu es là ?
  • Je ne peux pas le faire avec cette autre éducatrice, mais avec toi ?
  • Je ne pouvais pas le faire hier, mais aujourd’hui, est-ce que ce ne serait pas possible ?
  • Ce que je peux faire chez moi, est-ce que je peux le faire ici ? (les règles ne sont pas toujours les mêmes dans des lieux différents)

Sa pensée, son intelligence sont en mouvement. Il cherche à savoir si le monde est stable, constant, prévisible. Avec ses questions, il apprend, il vérifie, il intègre ce qu’il peut faire ou ne pas faire, quels sont les objets qui sont des jouets et ceux qui ne le sont pas (il peut mettre des objets dans sa boîte à formes mais pas dans la fente du magnétoscope, il peut feuilleter son livre d’images mais pas le roman de ses parents, déchirer un catalogue mais pas un livre, jouer avec un bol en plastique mais pas avec ce vase fragile, avec la terre du jardin mais pas avec elle des plantes de la maison… )

La vie est bien compliquée pour un si petit enfant ! Il cherche à comprendre : l’approbation ou la désapprobation des adultes qui l’entourent, leurs réponses vont le guider dans ses connaissances, dans la construction de ses savoirs. Il apprend à ordonner le monde : plus le monde extérieur sera ordonné, clair, stable mieux il pourra aussi ordonner et organiser son monde interne. C’est pourquoi il est important, entre adulte, de se mettre d’accord sur les règles, les interdits dans un même lieu.

L’enfant qui transgresse une règle et nous regarde,

Peut être demande-t-il de l’aide :

« J’aimerais bien ce jouet que l’autre a dans sa main. Je sais (car il vous regarde : il sait qu’il ne doit pas le faire) que je ne dois pas le faire… mais j’en ai tellement envie »
Peut être que son regard vers l’adulte signifie : « tu ne voudrais pas me redire que je ne dois pas le faire ? », car c’est difficile pour lui de s’en empêcher.

C’est aussi de la maturité de l’enfant dont il est question, on attend parfois trop d’eux, avec des exigences prématurées en regard de leur maturité.

Un enfant qui transgresse une règle (ces enfants qui « n’écoutent rien » !) n’a peut être pas encore la maturité pour la reprendre à son compte (pas avant 2 ans ou 2 ans et demi). C’est pourquoi des « jeux à règles » (peinture, crayon, pâte à modeler, puzzle…) ne devraient pas être proposées trop tôt. Peut être faudrait-il limiter le nombre de règles (on dit « non ! » toute la journée) et offrir, au contraire, beaucoup de possibles aux enfants, grâce à un aménagement sans danger :

  • en limitant le nombre d’objets ou le matériel que les enfants ne peuvent pas utiliser : par exemple, les placards. Les enfants ont beaucoup d’intérêt à ouvrir et fermer les placards, à en vider le contenu … et les adultes passent leur temps à leur dire de ne pas le faire! Peut être que si l’on ne souhaite pas qu’ils le fassent et qu’ils n’ont pas encore la capacité de s’en empêcher eux-mêmes, vaudrait-il mieux qu’ils ne puissent pas ouvrir ces placards - sinon, c’est trop « tentant » - (en attachant les poignées ensemble, par exemple), ou bien en laissant à leur disposition un ou deux placards vides : ils pourraient utiliser ceux-là pour leurs expérimentations, mais pas les autres. Les enfants acceptent mieux les limites (ces placards mais pas les autres) que les interdits (aucun placard) car ils peuvent satisfaire leurs besoins et intérêts
  • ou en limitant les objets qu’il n’est possible d’utiliser que d’une certaine manière (ce qui est déjà une règle dans l’utilisation des objets) : par exemple, le garage. A 18 mois, les enfants utilisent le garage pour grimper ou s’asseoir dessus ! Plutôt que de répéter à longueur de journée qu’ils ne peuvent pas le faire, ne serait-il pas judicieux de ranger ce garage jusqu’à ce qu’ils soient capables de s’en servir comme d’un garage pour faire rouler des voitures. Même plus tard, s’il y a un seul garage et qu’il leur est encore difficile de jouer à plusieurs ensemble, peut être que ce garage doit être encore rangé et proposé qu’à des moments de la journée ou il y a peu d’enfants ?

Le rôle des adultes, dans un lieu spécialement fait pour accueillir des enfants, est de penser et de mettre à la disposition des enfants un environnement qui leur soit accessible, qui leur offre beaucoup de « possible »

Ou peut être que cette règle n’a pas de sens pour lui : lorsqu’un enfant grimpe sur un meuble et entend « tu ne peux pas grimper », c’est « difficile » pour lui car il a besoin de grimper ! Il pourra accepter de ne pas grimper sur ce meuble, s’il peut grimper ailleurs.

Le rôle de l’adulte est de prendre en compte son besoin et de l’orienter vers une activité possible : « si tu veux grimper, tu peux le faire  sur ce module à grimper ou sur le  toboggan ». Et, l’adulte n’a même pas dit « non ! »

Eduquer un enfant, c’est l’accompagner, le guider pour qu’il puisse comprendre le monde et y trouver sa place. L’adulte doit pouvoir être avec l’enfant et non contre lui…

On attend parfois trop de l’enfant, trop vite : il commence tout juste à faire ses premiers pars et on attend déjà qu’il marche ; il commence tout juste à savoir manger et s’habiller par lui-même, et  il doit déjà le faire tout le temps ! Sans l’aide de l’adulte, le petit enfant peut parfois se sentir abandonné à lui-même, tout seul.

Un certain nombre de nos exigences, de nos attentes à l’égard de l’enfant ne sont pas en rapport avec leurs capacités maturatives. Par exemple, c’est difficile de demander à un petit enfant d’attendre : un jeune enfant est toujours en mouvement, il ne peut pas rester immobile sans rien faire !

Or, de nombreux  moments d’attente jalonnent ses journées : à table, il doit attendre que le repas arrive ; attendre que tous aient fini de manger pour avoir son dessert ; quand on va dehors, il faut attendre que tout le monde soit habillé pour sortir et attendre, pour être habillé, que l’adulte soit disponible. Attendre aussi les autres quand il a fini son activité (à l’atelier peinture, certains enfants ne tracent qu’un trait sur leur feuille et leur peinture est terminée ! Que va-t-il faire quand in a terminé sa peinture s’il n’y a pas d’autres objets à sa disposition ?). Dans son lit, il doit attendre encore, rester dans son lit même s’il est déjà réveillé ou n’a pas encore sommeil.

Que fait l’enfant qui doit attendre et ne sait pas rester sans rien faire ?

Il est actif : à table,  il gigote sur sa chaise, «s’occupe » avec sa cuillère, son verre, ceux de son voisin, le voisin lui-même devient un objet de jeu ; dans son lit, il s’agite ou cherche des objets avec lesquels jouer : la couverture ou le doudou du voisin, le rebord de son lit qu’il gratte ou tape ; habillé avant d’aller dehors, il court partout ou « excite » son voisin… pour passer le temps.

Quelle organisation penser, mettre en place pour éviter cette « collectivisation » de nos lieux d’accueil : est-ce que tous doivent faire en même temps, la même chose ?

Et pourquoi les enfants ont besoin de se « défouler », dès qu’ils sortent dehors ou sont dans la salle de psychomotricité ? N’est-ce pas parce qu’ils ont été auparavant trop contraints, empêchés dans leurs mouvements, dans leur besoin d’être actif ?

Comment aménager des espaces pour que ces besoins moteurs (très important dans la petite enfance et notamment entre 18 mois et 3 ans !) puissent être satisfaits au moment et aussi souvent que les enfants en ont besoin : plus qu’une salle de psychomotricité, les enfants ont besoin de trouver des éléments de psychomotricité dans leur pièce de vie, des espaces pour circuler, se déplacer, déplacer, tirer, pousser. N’y a-t-il pas des espaces non utilisés, comme les couloirs par exemple, qui pourraient permettre ces activités de grands mouvements ?

C’est difficile d’attendre pour un petit enfant car il lui faut apprendre à différer son envie, son besoin impérieux d’être actif… Il va l’apprendre peu à peu surtout s’il peut attendre sans être inactif et en étant sûr que ce qu’il attend va arriver (c’est le sens du « tour de rôle »).

Les petits enfants ont du mal à attendre… mais aussi à se dépêcher.

C’est difficile d’aller au rythme d’un petit enfant : par exemple, lorsqu’on demande à un enfant son pied pour lui  mettre sa chaussure, le temps que l’enfant réalise ce qui lui est demandé et l’organisation motrice nécessaire à l’action… son pied est déjà dans la chaussure !

Leur rythme est différent du nôtre. Cela concerne leurs rythmes d’acquisition (les jeunes enfants sont en période de développement, leur système neuro-sensori-moteur n’est pas encore mature, c’est pourquoi il est nécessaire de ne pas « forcer » les apprentissages et de permettre à chaque enfant d’aller à son rythme de développement) mais leur besoin de temps : du temps pour expérimenter, s’exercer, répéter car c’est ainsi que les enfants intègrent des connaissances, s’approprient leurs capacités et développent leur confiance en eux, dans leurs capacités.

Dans les apprentissages précoces, ce qui est supprimé c’est le temps de l’intégration, le temps de la pensée !

Comment comprendre les situations de conflits entre enfants et les comportements agressifs ?

A travers d’autres comportements, les enfants nous montrent aussi leur travail de construction à l’œuvre, et ont besoin de notre soutien, voire de notre accompagnement pour les guider, les orienter, les accompagner, sur le chemin de la socialisation.

Les conflits entre enfants : Ces comportements nous dérangent, nous agacent, nous laissent parfois démunis, impuissants. On se sent incompétent  quand il y  a trop de conflits dans un groupe !

Or, les conflits, les heurts entre enfants sont inévitables et ont même une valeur positive… s’ils ne sont pas trop nombreux. Les conflits aident à la découverte et à la reconnaissance de l’autre comme différent, à la différenciation entre soi et l’autre.

Un petit enfant ne peut pas imaginer, s’il veut ce jouet dans la main d’un autre, que cet autre n’a pas envie de lui donner ! Il découvre que l’autre est différent, que son intérêt, son désir et celui de l’autre ne sont pas semblables… mais, il ne sait que faire de son envie.

Ses actions, à cet âge de prime enfance,  sont dictées par une très grande impulsivité  (« je veux tout, tout de suite ») qu’il ne sait pas encore canaliser, orienter autrement. Il a besoin de l’aide d’un adulte médiateur qui  le reconnaît dans son besoin, son désir, son intentionnalité. Plutôt que de dire à l’enfant : «arrêtes de l’embêter !» (est-ce son intention d’ « embêter » l’autre ou bien est-il seulement intéressé par son jouet, son activité ?), l’ « adulte médiateur » pourrait lui dire : « tu as très envie de ce jouet mais lui ne veut pas te le donner, et tu peux en trouver un autre semblable » (ce qui implique un  aménagement de l’espace dans lequel se trouvent suffisamment de jouets semblables).

Reconnu dans son besoin, son désir, l’enfant va pouvoir peu à peu apprendre à prendre en compte celui de l’autre, grâce à l’aide de l’adulte : « tu vois, il te dit non ».

Quelle intervention de l’adulte pour qu’elle soit utile à l’enfant, pour qu’il puisse peu à peu développer un comportement autonome, et non créer de la dépendance : est-ce que l’adulte est « le sauveur » (« j’appelle l’adulte quand je suis en difficulté ») ? Ou bien, est-ce que notre intervention pourrait aider les enfants à découvrir, construire leurs propres ressources pour sortir du conflit ou résoudre cette difficulté, surmonter cet obstacle (soutenir l’enfant dans sa parole pour qu’il puisse dire « non ! » quand il n’a pas envie de prêter son jeu ou d’être dérangé, ou l’encourager à « protéger » son jeu) ?

Les comportements agressifs des enfants aussi nous dérangent :

Car, nous n’en comprenons pas toujours le sens : quelle est l’intentionnalité de l’enfant ? Est-ce  de faire mal à l’autre ou plutôt un moyen de défense, de protection quand on se sent menacé, en insécurité. Dans un groupe que l’on ne connait pas, on peut être sur la défensive (d’où l’importance de la  stabilité des groupes) ; pour un petit enfant, se faire prendre son jouet peut représenter une menace, une atteinte à sa personne (le petit enfant fait tellement « corps » avec son activité).

L’agressivité a aussi une valeur positive : c’est un moyen de défense pour se protéger, pour exister.

On peut distinguer 3 sources d’agressivité (selon I. Herman)

  • la frustration: quand un besoin n’est pas satisfait ou pas satisfait de façon adéquate  (par exemple, quel message donne-t-on à l’enfant sur la reconnaissance et la prise en compte de son besoin lorsqu’il nous arrive de lui dire « ne t’endors pas, tu vas bientôt manger ! » ?

Quand un désir, une envie ne peut pas se réaliser, on trouve d’autres façons de les satisfaire, sur un monde symbolique par la parole l’imaginaire (le « doudou », par exemple, permet à l’enfant de rendre son parent présent. C’est pourquoi, il doit toujours pouvoir en disposer quand il en a besoin. Ou le jeu symbolique qui permet à l’enfant de mettre en scène ses préoccupations, de les élabore : les enfants jouent souvent à partir et revenir, ce qui leur permet de « travailler » la séparation d’avec leurs parents)

  • un défaut « d’agrippement »,un lien pas suffisamment « sécure » peut créer chez l’enfant une désorganisation, un sentiment d’insécurité affective : « qui va s’occuper de moi et quand ? » Etre sûr de ce qui va se passer pour lui, contribue à apporter à l’enfant un sentiment de sécurité. Certains enfants sont en « quête » d’un agrippement, d’un lien, ils « s’accrochent »  à tout adulte qui passe.

Comment apporter plus de sécurité à un enfant, dans l’ici et maintenant de son temps d’accueil ? Pas seulement en prenant en compte une difficulté extérieure, familiale (des parents qui se séparent, la naissance d’un bébé : quel besoin cela crée pour cet enfant ? Quel sentiment d’insécurité ? Et, que peut-on lui offrir, dans ce lieu d’accueil, pour qu’il se sente plus en sécurité avec les adultes présents, pour être assuré de sa place dans le groupe ?)

Un enfant qui « se met en danger », est aussi un enfant qui, par son comportement, interpelle les adultes : « est-ce qu’il y a quelqu’un ici qui tient suffisamment à moi pour me protéger ? » C’est un appel à l’aide.

L’enfant qui s’auto agresse est un enfant qui retourne son agressivité contre lui-même s’il n’est pas sûr que quelqu’un puisse la recevoir, l’aider à la canaliser.

  • Des sentiments de jalousie, de rivalité dans un groupe. Comment assurer à chacun sa place dans un groupe ? Chaque enfant a besoin de repères qui matérialisent sa place (sa place à table, son casier pour mettre ses affaires personnelles, son lit, ses objets personnels : son « doudou », sa tétine). Chaque enfant a besoin aussi de temps personnels (c’est le sens des temps de soins individualisés : un temps individuel que pour lui) et d’espace personnels (certains enfants ont besoin de créer une « bulle » autour d’eux pour ne pas ressentir d’ « empiètement » dans leur espace ; d’autres ont besoin d’être seuls, de ne pas toujours vivre avec les autres ; les tout jeunes enfants ne sont pas encore prêts à partager avec les autres : il est nécessaire de protéger leur espace propre, leur activité).

Certains de nos comportements peuvent être source de conflits ou de rivalité entre enfants

Certaines attitudes de l’adulte peuvent renforcer, susciter, de façon non intentionnelle, des sentiments de rivalité ou de jalousie, comme les comparaisons ou des félicitations excessives. Un enfant  peut aussi éprouver un sentiment d’injustice quand l’adulte prend parti pour un enfant « il avait ce jouet avant » (qui l’avait avant ? A-t-on été témoin de la scène entière ou juste d’une partie? Et jusqu’à quand on remonte pour savoir « qui l’avait avant » ?  Certains enfants souhaitent encore poursuivre leur jeu de la veille…)

Ces questionnements nous invitent à être prudent, à ne pas se poser en « justicier », mais à plutôt aider les enfants à trouver une solution qui soit acceptable pour chacun et les accompagner sur ce long chemin de la socialisation : parvenir à prendre en compte l’autre, sans renoncer à être soi-même…

Certains enfants peuvent devenir  « bouc émissaire » dans un groupe : il serait intéressant de se demander pourquoi cet enfant-là est agressé, attaqué  par plusieurs enfants dans le groupe ? A-t-il un statut, une place privilégiés dans le groupe, une relation particulière avec les adultes (un enfant fragile et « protégé » par les adultes, le dernier arrivé dans le groupe et qui menace les autres de leur place – peut être pas suffisamment assurée … ?)

Parfois, malgré soi,  on crée des envies, des frustrations inutiles.

Par exemple, lorsqu’un adulte s’assoit au sol ou lit un livre et que plusieurs enfants veulent se mettre sur ses genoux ou tout à côté de lui.

Ou bien lorsque le matériel mis à disposition n’est pas utilisable  par les enfants « seuls » : par exemple, ce cheval à bascule installé dans un groupe d’enfants d’un an sur lequel ils ne peuvent pas monter sans l’aide de l’adulte et qui se disputent pour bénéficier de son intervention et de son attention.

Ou encore, par nos messages implicites, que les enfants savent « décoder » : par exemple, lorsque les repas sont donnés « à la demande », et d’abord à celui qui « pleure le plus », les enfants comprennent rapidement que celui qui manifeste le plus sa faim sera pris le premier par l’adulte et que quand on pleure, l’adulte s’occupe de nous. Ces messages implicites ont une influence sur le comportement des enfants : ils pleurent et de disputent ! (Alors qu’un temps de repas organisé avec un « tour de rôle » pensé et prévu pour chaque enfant assure à chacun sa place, apporte sécurité et sérénité).

Certains comportements témoignent de difficultés plus profondes

Certains enfants ne réagissent pas seulement à des propositions pas suffisamment adéquates en regard de leur besoins ou de leur maturité, mais témoignent, par leurs comportements, de  difficultés plus profondes : un enfant qui a des difficultés persistantes d’alimentation, de sommeil, d’agitation, d’agressivité, de colère, de pleurs incessants ou une possessivité importante ; un enfant qui ne joue pas, qui est très dispersé ; un enfant qui ne se défend pas suffisamment ; un enfant qui s’auto agresse ou qui agresse d’autres enfants de façon répétitive et compulsive… Chacun  de ces enfants témoigne probablement d’une insécurité plus profonde, d’une difficulté dans la prise de conscience de soi ou dans l’affirmation de soi, peut être d’un trouble important de développement, et va nécessiter une attention encore plus particulière, une mobilisation de l’équipe pour chercher à aller à sa rencontre, chercher à le comprendre, en s’appuyant sur les capacités d’empathie et d’observation des adultes qui prennent soin de lui, en alliance avec ses parents : quand et à quel moment ce comportement se manifeste, dans quel contexte ? Mais aussi,  quelles sont les ressources de cet enfant, ses intérêts. Partir de lui, de ce qu’il exprime :

Je pense à Antoine qui n’ose pas dire non, à table qui n’ose pas refuser la nourriture proposée, mais qui se « liquéfie » sur sa chaise, perdant tout son tonus, ne pouvant plus se tenir, cherchant à disparaître de peur de s’opposer. Ou à Gustave qui ne pleure jamais, mais régurgite beaucoup. Ou encore à Dany qui tape tous les enfants qui passent à proximité de lui et dont on comprendra qu’il a besoin d’être seul, de pouvoir s’isoler dans le groupe (un petit espace personnel lui sera aménagé), et à Adam qui a du mal à trouver sa place, dans sa famille, à la crèche et auquel certains objets de la crèche lui seront réservés comme les siens propres (comme ce catalogue de jouets dans lequel il aime tant regarder les puissantes motos)

C’est au sein d’une équipe soutenante que les professionnels doivent se mettre à penser ensemble pour chercher à donner du sens, en tâtonnant, en faisant des propositions. Se faire du souci pour l’enfant déjà l’aide (il perçoit cette attention accrue de la part des professionnels, il se sent pris en compte dans sa difficulté partagée avec eux).

Cette difficulté,  ce souci doit être partagé avec les parents, pour chercher ensemble à mieux comprendre, à l’aider : construire une alliance entre parents et professionnels centrée sur l’enfant et autour de l’enfant.

Et parfois, nous aurons aussi besoin d’une aide extérieure pour que cet enfant puisse bénéficier de soins  thérapeutiques, d’une aide spécialisée.

 

 

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