À la conquête de l’espace Par

Bébé joue dans un espace, mais il n’est jamais que dans un espace. Celui-ci a une fonction très importante dans la qualité de son jeu.

Pour l’enfant qui ne se déplace pas, l’espace de jeu est un véritable camp de base qui va favoriser la conquête de l’espace et de lui-même dans cet espace. Cette expédition en solitaire qui va le conduire vers des sommets demande une grande attention de la part des guides qui l’accompagnent. Comme toute expédition, celle-ci doit se faire en sécurité, et surtout avec plaisir. N’oublions pas que c’est souvent le premier espace dans lequel l’enfant est seul face à son environnement. Expérimenter son corps dans l’espace, découvrir les objets qui l’entourent, faire des maths, de la physique, ressentir, penser, agir, jouer…, le programme est bien chargé. Cet espace de jeu demande réflexion.

Le « camp de base »

Le « camp de base » doit comporter certaines caractéristiques :

un tapis ferme sur lequel l’enfant pourra trouver des appuis stables pour ses mouvements, tapis qui lui donnera des informations sur son propre corps à travers le contact ;
un espace éloigné du passage des adultes ; c’est « haut », un adulte qui passe debout à côté du tapis. Et quand il en passe plusieurs, ça dérange, ça empêche de se concentrer.
le tapis se trouve contre un mur ou un meuble, c’est plus contenant.
Explorer le monde, oui, mais à petits pas, étape par étape. Le « vide » peut être anxiogène, la découverte de l’espace est progressive en lien avec le développement moteur du jeune enfant. Le bébé qui ne se déplace pas a besoin d’un tout petit peu plus d’espace que ses bras écartés, c’est suffisant pour toutes les expériences qu’il a à faire. Pour favoriser le sentiment de sécurité du bébé, l’espace sera contenant ; des « boudins » en tissu ou des serviettes roulées seront disposés de chaque côté du bébé afin que son regard puisse « s’arrêter » sur quelque chose sans que cela enferme l’enfant. Lors de ses premiers déplacements, il les bougera de lui-même. Souvent, d’autres enfants sont présents sur le tapis et cela suffit. De la même façon, nous nous appliquerons à habiller l’espace au-dessus des bébés ; c’est haut, un plafond. Nous allons éviter les mobiles qui ne sont que des jouets inaccessibles, frustrants. Des rubans de couleurs peuvent être utilisés, ou des toiles fixées au plafond si elles sont réglementaires (ignifugées).
4Dans cet espace, le miroir peut être évité, il déforme la réalité, et les jouets peuvent être placés autour du bébé.

L’explorateur

Nous veillerons à ce que l’enfant soit toujours installé sur le même tapis, au même endroit de la pièce. Ce repère favorise le sentiment de sécurité de l’enfant ; « je sais où je suis », il reconnaît le lieu, les objets mais aussi des expériences, des émotions déjà vécues. Cette dimension favorise le sentiment de continuité. Les meubles, les objets sont toujours à la même distance, cela fait partie des repères. C’est à l’enfant qui se déplacera par la suite de changer le monde en jouant avec les distances, en s’approchant et en s’éloignant. L’espace est visuel, corporel mais aussi olfactif et sonore. Il sera installé sur le dos, position de base de tout le développement moteur, position dans laquelle il sera le plus détendu. La réalité de la collectivité ne favorise pas la mise en place de ces repères et pourtant, toujours, une réflexion doit être menée pour les favoriser.

Le guide

Pour l’enfant, la place de l’adulte est importante dans l’espace ; « je sais avec qui je suis », il est un point d’appui, une sécurité pour l’enfant en activité. Un fil de regard – pour ne pas dire une corde – sera toujours possible entre l’adulte et l’enfant. L’observation nous montre que régulièrement, dans son jeu, l’enfant se tourne vers le professionnel et retourne à son activité. Ce fil est une véritable réassurance qui favorise de nouveaux départs. J’ai fréquemment observé des espaces de bébé dans lesquels les enfants jouent peu, voire pleurent beaucoup, sans doute parce que trop isolés.

L’espace, le lieu où tout se joue ; les émotions, les activités, les rencontres, l’histoire, porte en lui quelque chose de fondamental dans le sens des fondations physiques du développement humain. Pour les fondations psychiques, c’est un autre domaine.

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